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« … malheureusement, je pense qu'il n'y aura pas d'état de grâce », déclare Martin Ziguélé

centraf-infos.overblog.com/ Ils sont plusieurs politiques centrafricains à soutenir au second tour de l'élection présidentielle du 14 février le nouvel élu Faustin Archange Toudera. Après la bataille, vient l'heure du compte et les politiciens centrafricains qui ont soutenu le président élu – chacun en ce qui le concerne – espère apporter sa contribution à l’œuvre de reconstruction nationale. Certains hommes politiques attendent des strapontins ministériels et autres postes en contrepartie de leurs soutiens. Mais le président du MLPC, Martin Ziguélé – au détour d'une interview pense qu'on ne peut pas servir son pays qu'en étant ministres. Interview !


Monsieur Martin Ziguélé, comment appréciez-vous la victoire à la Présidentielle de Faustin Archange Touadera ?

Je vous remercie. Je voudrais d'abord saisir l'occasion que vous m'offrez pour féliciter à nouveau le président Faustin Archange Touadera pour sa large victoire. Parce qu'avec la crise que notre pays a connue, et avec le nombre de candidats qu'il y avait au premier tour, on pouvait logiquement s'attendre à un résultat serré. Or, ce qui s'est passé au deuxième tour ressemble à un véritable plébiscite puisqu'à peu près 7 centrafricains sur 10 ont porté leurs choix sur sa personne. Donc, je voudrais le féliciter à titre personnel pour cette large victoire et féliciter les centrafricains parce qu'ils se sont massivement exprimés en faveur d'un candidat. Vous savez que les élections présidentielles, c'est la rencontre entre un homme et le peuple. Cette décision populaire est à saluer. Je voudrais surtout saluer le peuple centrafricain pour quelque chose de très important. Tout le monde, à l'intérieur ou à l'extérieur du pays avait pensé que ces élections allaient déboucher sur des troubles, ou à la reprise des hostilités ou en tout cas à des affrontements, à de la violence, il n'en a rien été. Il n'y a même pas eu d'incidents graves pendants ces scrutins. Et je pense qu'il faut saluer cette volonté du peuple centrafricain qui a matérialisé sa décision de prendre en main son destin.

Quelle a été votre part de contribution dans cette victoire?

Vous savez que le MLPC avait un candidat au premier tour – en l’occurrence ma modeste personne. Mais le jeu démocratique est ainsi fait qu'au premier tour, on choisit et au second tour, on élimine. Et au premier tour, les centrafricains ont choisi deux compatriotes qui sont allés au deuxième tour. Il fallait en tant que parti politique et pour le MLPC prendre ses responsabilités. Nous avions pris nos responsabilités pour choisir qui nous devrons soutenir au second tour. Je tiens à souligner que c'est la première fois dans l'histoire du MLPC qu'il y a des élections pluralistes à deux tours où le MLPC est absent du second tour, donc c'était un cas de figure complètement nouveau pour nous. Mais je salue la lucidité politique des membres du bureau politique de notre parti parce qu'avant même de rencontrer le camp du Pr Touadera, nous avions pris la décision de le soutenir à partir de l'analyse que nous nous sommes faits de la démarche de ce que nous croyons être les intentions réelles du peuple centrafricain. Comme notre ambition, c'est d'être toujours aux côtés du peuple, de faire autant que faire se peut la volonté du peuple centrafricain, nous avons perçu que le bon choix de notre peuple, c'est d'appuyer le président Faustin Archange Touadera. Et c'est lorsque cette décision de principe a été prise au niveau du bureau politique que nous l'avions rencontré par la suite et que nous avons matérialisé notre décision par un accord politique entre son camp et le nôtre. Notre apport, c'est l'apport d'un parti politique qui est quand même présent sur tout le territoire national. Nous nous sommes battus en toute sincérité, toutes les équipes électorales du MLPC ont été mises au service du Pr Touadera. Moi-même j'étais sur le terrain, village par village dans le Nord du pays pour faire campagne en même temps que je faisais campagne pour les législatives. C'est une contribution militante. Après, le peuple a fait son choix, je suis heureux de constater que le choix du peuple correspond à ce que nous avions nous aussi souhaité.


Le candidat que vous aviez soutenu au second tour de cette Présidentielle a finalement remporté les élections. Qu'est-ce que vous attendez du nouvel élu ?

Je pose la question autrement. Dès l'instant où les centrafricains ont choisi un de ses fils aussi massivement pour le porter à la tête de l’État, moi je dis, qu'est-ce qu'ensemble nous centrafricains nous devrons faire aux côtés du chef de l’État élu pour régler les nombreux problèmes auxquels notre pays fait face. Je crois que et le président de la République attend de ses compatriotes, un engagement total pour faire face aux problèmes de notre pays et nous - centrafricains qui avons décidé de sortir de cette crise par cette élection, nous devons aussi nous engager de manière résolue, nous approprier les problèmes du pays et ne pas rester dans l'attitude de dire que comme il y a déjà un chef d’État élu, qu'il se débrouille pur régler les problèmes et que nous sommes des spectateurs. Ce n'est pas comme cela qu'il faut voir les choses. Il faut toujours se rappeler ce que disait Kennedy en 1962 à ses compatriotes américains en disant « ne vous posez pas la question de savoir qu'est-ce que l'Amérique peut faire pour vous mais posez-vous la question de savoir qu'est-ce que vous pouvez faire pour l'Amérique ». Et nous devons nous poser la même question. Toudera est élu président, c'est très bien, cela marque la fin d'une crise, la fin d'une période de transition. Mais la bonne question, c'est de savoir qu'est-ce que nous faisons pour que notre pays réussisse ce tournant.


Comment comptez-vous l'aider à mettre en œuvre son programme politique pour le bien-être des Centrafricains ?

Nous sommes un parti politique qui a cette particularité d'avoir été aussi au pouvoir il y a une quinzaine d'année. Nous avons une expérience de la gestion des problèmes de ce pays, nous avons aussi très modestement une lecture d'un certain nombre de problèmes que notre pays rencontre. Notre engagement, c'est que nous ne promettons pas des miracles mais nous assurons les autorités de notre totale disponibilité à se mettre résolument au travail aux côtés des dirigeants légitimes élus de notre pays pour faire face à tous les problèmes. Lorsque nous avons discuté l'accord politique, nous n'avons pas fixé de conditions, nous n'avons pas fait de marchandages, nous avions dit, battons-nous pour gagner les élections, créons une majorité parlementaire pour que notre pays soit stable. Parce que c'est la stabilité qui est la plus grande richesse d'un pays. Et lorsque le pays est stable, vous pouvez régler tous les problèmes et nous sommes prêts pour aider à la résolution de ces problèmes comme citoyens centrafricains.


L'élection de Faustin Archange Touadera a soulevé autant d'espoirs chez les centrafricains. Pensez-vous que le nouvel élu sera à la hauteur des attentes ?

Il ne faut jamais sous-estimer la volonté du peuple parce qu'il est souverain. Si 7 centrafricains sur 10 se sont massivement prononcés pour un compatriote pour gérer le pays, on ne peut pas dire et on ne doit pas dire que le peuple s'est tromper. Pourquoi ? Parce que la légitimité vient du peuple. Dès le moment où le peuple souverain s'est prononcé en faveur d'un compatriote, on ne doit plus poser la question de dire est-ce qu'il sera à la hauteur de la tâche. Nous centrafricains, nous devrons nous organiser pour l'aider à bien mener cette mission qui va dans l'intérêt de notre pays. Parce que la voix du peuple, c'est la voix de Dieu. Le peuple a choisi, il a donc examiné et analyser avant de choisir. Si quelqu'un dit qu'il n'est pas à la hauteur, ça veut dire qu'on conteste la décision et la volonté du peuple. Et ce ne serait pas la République, ce serait une autre manière de voir la République et nous ne nous inscrivons pas dans cette démarche. Nous, nous disons que dès l'instant où il est élu par le peuple centrafricain, le peuple lui a fait confiance et il a la légitimité pour diriger ce pays et c'est nous centrafricains qui devrons lui apporter par notre engagement total, la force pour qu'il puisse mener à bien le chantier de la reconstruction de notre pays.


M. Martin Ziguélé, quel est selon-vous le profil type du futur premier ministre du président élu ?

Je crois que dans la situation actuelle de notre pays, un premier ministre, il faut que ça soit quelqu'un qui connaisse très bien les problèmes du pays. Parce que malheureusement – je pense qu'il n'y aura pas d'état de grâce compte tenu de la nature des problèmes de notre pays, parce que les attentes sont très grandes. A mon avis, il faut que ça soit quelqu'un au fait des problèmes du pays, qui soit disponible, parce que la tâche sera très difficile, qu'il soit humble parce qu'il faut écouter, les centrafricains ont besoin d'écoute. Qu'il soit empathique dans ce sens que souvent, il devra se mettre à la place des centrafricains qui peuvent mettre en avant des revendications surprenantes sous d'autres cieux. Il faut qu'il soit assez empathique pour comprendre qu'après la crise, nous partons de très loin et il faut vraiment être humble dans la démarche, lucide dans la lecture des problèmes et avoir les capacités pour bien comprendre les enjeux que nous avons qui ne sont pas forcément et uniquement des enjeux économiques mais qui sont des enjeux sécuritaires, de vivre-ensemble, d’efficacité également. Je finirais par dire qu'entre le premier ministre et le Chef de l’État, il faut que la complicité soit totale. Il faut que le Chef de l’État choisisse un premier ministre qui soit quelqu'un avec qui il peut travailler, il peut se comprendre à demi-mot parce que c'est très important au niveau de l'Exécutif. Il faut que la complicité soit totale pour que la machine ne soit pas grippée.


L'homme qu'il faut à la place qu'il faut, c'est ce que souhaitent les centrafricains. Partagez-vous cet avis en ce qui concerne la nomination des membres du gouvernement ?

Je pense que la RCA de 1960 n'existe plus. Nous sommes en Centrafrique de 2016. Il y a beaucoup de compétences, de compatriotes qui ont une longue et riche expérience, des bonnes spécialisations… Il y a beaucoup de compatriotes qui peuvent apporter leur contribution pour faire fonctionner un gouvernement. Il reviendra au président de la République et à son premier ministre de faire les bons choix parce qu'il y a vraiment matière à choisir. Ce que je voudrais seulement rappeler, c'est que tout le monde ne peut pas être ministre, il faut que nos compatriotes le comprennent. Cependant, tout le monde peut apporter pour son pays par rapport à son expérience partout où le président de la République voudra utiliser leurs compétences. Il n'y a pas que le gouvernement dans un pays. Il y a aussi d'autres fonctions, d'autres activités qui concourent au développement de notre pays.


Une kyrielle de candidats à la présidentielle du premier tour a décidé de soutenir le président élu au second tour. Certains d'entre eux attendent des strapontins ministériels et autres, que conseillez-vous à ces compatriotes ?

Je pense que lorsqu'il y a eu le premier tour des élections et qu'un certain nombre de candidats à la présidentielle ont décidé après le premier tour d'apporter leurs soutiens au candidat Touadera maintenant président de la République, c'est légitime que dans une démarche politique, en échange de ce soutien, ils souhaitent offrir leurs services pour aider le nouvel président élu. Je viens de vous dire également que le président élu qui a été longtemps premier ministre a le flair, la sensibilité et l'expérience nécessaire pour choisir le moment venu, la personne qu'il faut à la place qu'il faut pour qu'il y ait une adéquation entre les fonctions occupées et la personnalité du titulaire de cette fonction. Ce qu'attendent les centrafricains - si je comprends, c'est que très rapidement il y ait des résultats de l'action gouvernementale. Comme je le disais pour le premier ministre, il n'y aura pas d'état de grâce. Les centrafricains sont impatients, ils ont beaucoup d'attentes, ils ont trop souffert, ils veulent tout de suite des résultats. Donc, il faut une adéquation entre les titulaires des portefeuilles et les fonctions occupées.


A titre personnel Monsieur le président du MLPC, s'il vous était donné la possibilité d'émettre un vœu pour ce nouveau quinquennat, ce serait lequel ?

Si j'ai appelé au nom du MLPC à voter pour le président Faustin Archange Touadera et si je suis allé sur le terrain dans des villages, par route et à pieds pour faire campagne pour qu'il puisse gagner et que nous puissions aussi gagner les législatives, c'est parce que naturellement mon vœu, c'est non seulement qu'il gagne les élections mais que notre pays avance. Parce que la situation dans laquelle se trouve notre pays aujourd'hui, c'est un déni d'intelligence. Ce n'est pas honorable pour nous centrafricains d'avoir un pays où il n'y a que des problèmes. Et à un moment, on dit, ça suffit, trop c'est trop. Chacun d'entre nous doit se sentir responsable de la descente aux enfers de notre pays et chacun doit se retrousser les manches pour tirer notre pays du trou où il est tomber. C'est cela notre démarche. Notre vœu le plus ardent, c'est que les centrafricains s'approprient cette victoire, se disent voilà un nouveau départ, nous allons travailler. Que vous soyez agriculteurs, éleveurs, koli-wali gara, chauffeurs de taxi, boubanguéré, fonctionnaires, quel que soit ce que vous faites comme activités, que cette activité, vous y mettez beaucoup plus de cœurs et qu'on travaille pour la stabilité, le développement, l'amélioration du sort et le bien être de chaque centrafricain partout où ils se trouvent sur le territoire national. Donc mes vœux, c'est des vœux de réussite totale.

« … malheureusement, je pense qu'il n'y aura pas d'état de grâce », déclare Martin Ziguélé
« … malheureusement, je pense qu'il n'y aura pas d'état de grâce », déclare Martin Ziguélé
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