Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

14 février, le rapport de l’ONE qui contraste avec celui d’autres observateurs des élections

Kangbi-ndara.info/ « Les irrégularités constatées ne sont pas de nature à remettre en cause la sincérité des scrutins », telle est la chanson que se fredonnent les observateurs qui affluent en Centrafrique, disent-ils pour observer le processus électoral. De la CEEAC (Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale) en passant par l’Union Africaine, le mot d’ordre sinon le refrain est toujours le même : « qu’il y ait fraudes massives » – comme il en est le cas pour ce second tour des scrutins, « elles ne sont pas de nature à remettre en cause la sincérité des scrutins ». On finira par avaler ce refrain à nous chanter au jour le jour par ceux qu’on appelle pompeusement « observateurs électoraux ». Pour ce second tour des scrutins présidentiel et législatifs du 14 février, ils nous ont encore chanté leur refrain mais, ce qui est paradoxal, un observatoire national et donc centrafricain – je veux parler de l’Observatoire National des Elections (ONE), a mis les pieds dans les plats – profitant d’un monitoring des violations et abus aux droits humains, pour nous montrer des « preuves irréfragables » pour ne pas dire « irréfutables » et donc tangibles. Des éléments qui attestent que la fraude a été plus qu’utilisée lors de ce second tour des élections, ce qui pourrait même si on feint de le reconnaître – entamer la crédibilité du futur président quoiqu’on dise. Ci-dessous publiée, la déclaration préliminaire de cet observatoire à qui nous jetons des fleurs pour le travail accompli – avec peu de moyens. Comme quoi, il y a des compétences souvent négligées dans ce pays.


DECLARATION PRELIMINAIRE SUR LE MONITORING DES VIOLATIONS ET ABUS DES DROITS DE L’HOMME DANS LA PERIODE ELECTORALE


Sur financement de la MINUSCA, l’Observatoire National des Elections (ONE) a identifié, formé et déployé 05 superviseurs et 48 moniteurs des droits de l’Homme dans les 4ème, 3ème, 6ème, 5ème, et 8ème Arrondissements de la Ville de Bangui, dans les sous-préfectures et communes de la Lobaye, et de l’Ombella M’Poko pour relever des cas de violations ou d’abus aux Droits de l’Homme pendant les opérations préélectorales, électorales, et post électorales de 2016 en République Centrafricaine.


- Les moniteurs des violations et abus aux Droits de l’Homme déployés par l’ONE ont suivi de bout en bout les opérations des phases préélectorales et électorales, notamment la campagne électorale des législatives et de la présidentielle, ainsi que les scrutins couplés qui se sont déroulés le dimanche 14 février 2016 et ont relevé les aspects suivants :


Sur la campagne électorale

- L’ONE, à travers ses moniteurs et son réseau de contacts établis sur l’étendue du territoire national, a suivi toute la campagne électorale des législatives officiellement lancée le 30 janvier 2016, et la campagne électorale de la présidentielle lancée officiellement le 6 février 2016.

L’ONE a relevé que la campagne électorale pour les scrutins du 14 février 2016 s’est déroulée dans le calme en dépit de quelques cas d’abus aux Droits Humains relevés:

- Des mineurs qui n’ont pas l’âge de voter ont été utilisés dans les caravanes de campagne en violation du droit de l’enfant et par les candidats pour voter le jour du scrutin.
L’équipe de campagne du candidat Anicet Georges DOLOGUELE a été empêchée d’accéder au quartier Boy Rabe pour battre campagne ;


- Des jeunes basés au carrefour Marabena ont empêché aux partisans du candidat DOLOGUELE de poster l’affiche de campagne de leur candidat sur la place OMAR BONGO ;


- Les bandes armées installées sur les barrières routières à Bambari, à Alindao et à Pombolo exigeaient de petites rançons de 2000 à 5000 Fcfa aux équipes de campagne en partance pour leurs circonscriptions électorales ;


- Une bande armée non identifiée a tiré à balle réelle sur le candidat aux législatives Samuel ZOUMBETI du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC) et son équipage dans la Circonscription électorale de Dekoa dans la Sous Préfecture de Kémo.


Des violations et abus aux Droits Humains pendant les scrutins.
Dans les circonscriptions électorales ciblées, l’ONE a relevé de nombreux cas de violations et d’abus aux droits humains qui ont été documentés avec des preuves irréfragables.
- Plus de 350 électeurs détenteurs de leur carte ou de leurs récépissés n’ont pas voté au bureau de vote N°1994 du village LEYA ( DAMARA) parce qu’ils n’ont pas trouvé leur nom sur la liste électorale. Or, ils avaient voté lors des élections référendaires et au premier tour du 30 décembre 2015 ;
- Les agents électoraux de l’ANE ont voté à la place des électeurs dans plusieurs bureaux de vote de la Sous-préfecture de Boda et de DAMARA ;
- Les agents électoraux de l’ANE faisaient voter les électeurs devant les représentants des candidats à Mbaïki, Damara; et à Boda.


- Les chefs de quartiers étaient dans plusieurs bureaux de vote dans la Lobaye et dans l’Ombélla-M’Poko et donnaient des consignes de vote aux électeurs analphabètes ;


- Les délégués des candidats ont intimidé le choix des électeurs et ont parfois voté à la place des électeurs analphabètes dans plusieurs bureaux de vote de Boda et de Damara ;


- Les électeurs ont proféré des menaces sur les agents électoraux qui ont clôturé le vote dans le délai dans le 3ème Arrondissement ;


- Les chefs des quartiers détenteurs des bulletins de vote déjà cachetés pour le compte du candidat DOLOGUELE favorisaient la fraude électorale à Yaloké.


Conclusion
Les scrutins du 14 février 2016 en République Centrafricaine se sont déroulés dans le calme et la sérénité. L’ONE salue la mobilisation des électeurs et électrices pour participer à ces scrutins qui se sont déroulés sans incidents majeurs.


Cependant, plusieurs cas de violations et d’abus aux Droits Humains ont émaillé ces scrutins et posent de sérieux problèmes du respect des normes internationales en la matière et aussi de la crédibilité des scrutins.

L’ONE appelle les différentes parties prenantes des élections en République Centrafricaine à considérer les différentes recommandations formulées dans le sens d’améliorer la situation des droits de l’Homme en République Centrafricaine.


Recommandations
Au regard de tous les cas de violations ou d’abus aux droits humains constatés, l’Observatoire National des Elections recommande :


A l’Autorité Nationale des Elections :

- Renforcer la formation des agents électoraux affectés dans les bureaux de vote sur les droits de l’Homme exercés en période électorale ;


- Renforcer la sensibilisation et l’éducation des électeurs sur les techniques de vote et sur les droits de l’homme ;


- Attirer l’attention des agents électoraux sur la gravité des atteintes aux droits humains pendant les opérations de vote ;


- Interdire la présence des chefs de village dans les bureaux de vote ;


Au gouvernement et la Communauté Internationale.
- Prendre les dispositions nécessaires pour faciliter la libre circulation des candidats et de leur équipe de campagne ;


- Lever toutes les barrières illégales posées par les bandes armées ;


- Sécuriser les équipes de campagne des législatives dans l’arrière-pays ;


Aux partis politiques et candidats
- Renforcer les capacités des délégués affectés dans les bureaux de vote ;


- Intensifier la sensibilisation des électeurs sur les techniques et procédure de vote ;


- Intensifier l’éducation de leurs membres, de leurs militants, ou de leurs sympathisants sur les droits de l’Homme en période électorale.


Fait à Bangui le, 16 février 2016


Le Coordonnateur National


Me
Serge Soleil SERAMALE

14 février, le rapport de l’ONE qui contraste avec celui d’autres observateurs des élections
Tag(s) : #Société

Partager cet article

Repost 0